L'aire de rien
Je ne comprends pas. Vraiment. De plus en plus, énoncer des faits est perçu comme une critique. A part la météo, qui conserve une part d'incertitude, on ne peut plus rien affirmer sans que quelqu'un le perçoive comme une insulte à son égard. Quand on est un peu simpliste comme moi, pour ne pas dire simplet, ça devient compliqué.
Du coup, j'ai des amis qui se vexent quand je leur dis qu'ils ont des cheveux blancs. Si je ne le dis pas, ils sont là quand même. Et je ne crois pas que le fait de vieillir soit particulièrement gênant. Mais c'est pas grave, je suis vexant. Ah? Si je dis de quelqu'un qu'il a un gros cul, je comprends, mais pour des cheveux blancs?
Faut que je fasse gaffe au bureau aussi. Quand j'annonce à quelqu'un que le boulot à faire est le sien, j'ai l'impression de l'insulter. J'y suis quand même pour rien s'il reçoit une paie misérable pour faire un travail. Et j'ai pas particulièrement envie de le faire à sa place non plus. Mais non, ça ne se dit pas.
C'est pourtant pas difficile de reconnaître les évidences. Quand on me traite de casse-couille qui aime bien enculer les mouches, j'acquiesce. Je vois mal comment je pourrait le nier, en même temps, mais bon. Accepter les choses me semblaient assez évident. Eh ben non. Apparement, je devrais me vexer, partir en claquant la porte et aller m'enfermer chez moi. Et encore, j'ai même pas écouté l'inventaire de mes défauts physiques encore.
Alors cette fois, c'est décidé, je deviens asocial. Ah non, merde, je l'étais déjà. Dans ce cas, je crois que je vais commencer à faire dans l'anonyme. Comme ça, je vexerai plus personne directement en disant qu'un portable est rose, qu'une personne a des cheveux courts, qu'elle regarde la Star Ac' ou qu'elle aime pas le sel. Quitte à ce que ça vexe les gens, autant que ce soit pas moi qui prenne. Alors à partir d'aujourd'hui, je délationne.