L'aire de rien
Dans le milieu de la bd (comme sans doute dans tous les milieux qui génèrent des collections), il existe des castes à part. Les chasseurs d'E.O. en sont une. E.O., ça veut dire Edition Originale. En gros, c'est le premier tirage d'un livre. Celui qu'on trouve partout en librairie à la sortie du bouquin. Autant dire que la chasse, faut la pimenter un peu.
Des E.O., il y en a des différentes, qui bénéficient d'un bonus comme un cahier graphique, voire un petit bonus rigolo. Mais la plupart ne présentent rien de particulier face à une éventuelle ré-édition. Mais ce n'est pas grave. Le chasseur d'E.O. doit avoir sa dose. Bien sur, il ne va pas les acheter à la sortie du livre. Déjà parce qu'on ne sait pas quelle valeur ces bd vont prendre, et puisque parce que ce serait trop facile. Il vaut mieux laisser passer les E.O. pour les chercher plus tard, quand on sera sur que l'ouvrage présente un certain succès. Il ne faut surtout pas essayer d'acheter une E.O. au hasard à sa sortie. Peut-être que la bd ne plaira qu'au seul chasseur, et ça il ne faut pas. Il vaut mieux attendre que tout le monde en veuille et qu'une côte soit attribué au livre.. C'est la beauté du sport. Il faut alors rechercher l'animal lecteur, impassible à la rareté du butin qu'il possède et s'intéressant uniquement à l'histoire (le fou), qui acceptera bien de s'en séparer, moyennnant moyens. Tel une agente du F.B.I. qui ne finira pas éleveuse de chèvres dans le Larzac, il entend les E.O. crier. Elles l'appellent, le supplient de les sauver de ces barbares qui lisent les livres plutôt que les sauvegarder. Elles le poursuivent dans ses cauchemars. Il doit agir.
Méfiez-vous car le chasseur d'E.O. est partout. Il viendra dépouiller vos enfants lors des vide-greniers. Et bien sur, ce n'est pas sa faute si les tirages des bd diminuent. Tout ça pour les garder dans une pièce à la température et au taux d'humidité controlés, tel un bon vin qui ne sera jamais bu. Ou alors juste un petit chianti. Fhfhfhfhfhfh.