L'aire de rien
Ca fait des années que dans nos contrées, on gueule sur les grandes entreprises. Les Microsoft, Nike, Danone, General Motors, tout ça, tout ça, c'est rien que des exploiteurs vu de chez nous. Bah oui, tout ça, c'est limite extorsion et compagnie. Ca profite de nous, pauvres petits consommateurs spoliés, pour enrichir les patrons, les nantis... Sauf que voilà, la Banque Mondiale vient de se rendre compte qu'en fait non, les pauvres ne sont pas assez exploités.
Bah oui, c'est bien connu, on ne se bat que pour les marchés où il y a de l'argent à se faire. Et ça veut donc dire, chez les riches. Jusque là, on pensait que les pauvres n'avaient pas de sous. Ou que les rares qu'ils avaient, ils les consacraient à des oeuvres purement matérielles, comme la bouffe ou le toit. Sauf que voilà, personne ne s'est penché sur ces besoins primaires. Il doit y avoir un gros qui fait son beurre en vendant du pain et puis c'est tout. Il faut ouvrir à la concurrence, y a de l'oseille à ramasser. Bon, bien sur, le pauvre se retrouvera au final avec des produits à peine moins chers mais avec une qualité encore plus médiocre, mais on aura fait progresser quelques entreprises innovantes et concurrentielles dans l'histoire. Si c'est pas beau ça? En plus, faut pas croire, mais les pauvres, ils ont plus de sous qu'ils ne veulent bien le dire. Regardez en Inde: y en a plein de pauvres qui ont des téléphones portables. Ca montre bien que les pauvres ne le sont que quand ça les arrange. Ils avaient cachés quelques piècettes, les vils faquins!
Décidément, on ne peut plus compter sur rien. Si même les pauvres ont de l'argent maintenant, c'est toute notre civilisation qui s'effondre. Heureusement que la banque mondiale était là pour souligner que les pauvres pouvaient l'être encore plus et ainsi vraiment revendiquer leur titre. Je me demande d'ailleurs s'ils vont pas changer la définition de pauvre, pour montrer que le monde ne va pas si mal. Après tout, le capitalisme à outrance est un bon système. Ca se voit tous les jours dans la chronique bousière, le seul journal avec des bonnes nouvelles.