L'aire de rien
C'est pas dur. C'est même très facile. Tous les jours, j'allume l'ordi, la radio, la télé. Je regarde les affiches, j'écoute les pubs, je savoure les sketches. Et surtout, j'observe les gens. Les trucs qui accrochent, qui dépassent, qui ressortent tout seul, je me les approprie. Je mange, j'écoute, j'avale, j'absorbe. Je suis l'éponge humaine.
Facile après ça de briller en société ou sur le web. Tu multiplies les sources, et tu mixes. Un peu comme une pizza poubelle (encore une référence): tu prends tout ce qui passe et tu fais un plat. Ah ah, mais quel déconneur. C'est pourtant la recette la plus simple du monde. Tout ce qu'il te faut, c'est des références et de la mémoire. Et après, c'est parti. La machine s'alimente toute seule, la télé ne s'arrête jamais. Et nous sommes dans l'ère de la nouveauté, du plus blanc qu'avant qu'était déjà plus blanc que blanc. L'alimentation n'est jamais à court. Alors tu ingurgites, tu digères et après, tu fais une belle diarrhée verbale où les plus avertis réussiront à reconnaitre quelques morceaux de tes repas, mais rarement tout. Du coup, tu peux prétendre à un style. Limite à de l'innovation. Tu es juste champion de collage, tu devais être fort en herbier étant petit. Tu peux jouer à Kaiser Sozé. Ou du moins le prétendre. Il te manque juste le liant, la mayonnaise qui va harmoniser ton plat. Mais c'est pas grave, si les morceaux sont assez nombreux, personne ira se plaindre la bouche pleine. Ceux pour qui c'est un peu sec iront voir ailleurs.
Dire qu'à la base, l'éponge sert à garder l'eau assez longtemps pour te laver, qu'elle t'imprègne bien pour virer la crasse. A l'heure des matériaux super absorbants, je crois qu'elle absorbe aussi ta crasse avant d'aller se vider dans le lavabo. Et de nos jours, les blogs ont des bonnes têtes de tout-à-l'égout. Bienvenue chez Bob!