L'aire de rien
Hier soir, j'ai eu peur qu'une amie meurt. C'est vrai que ça peut arriver tous les jours à tout le monde, mais hier soir, c'était bien présent. Et pourtant, je suis resté calme. Alors qu'il y avait toutes les raisons de paniquer. Un peu comme si la mort venait d'ouvrir sa période de soldes et que je ne me précipitais pas aux pompes funèbres pour bénéficier des forfaits -40% sur les décédés proches.
Je ne sais pas pourquoi, la mort ne m'affecte pas. Ou peu en tout cas. Je parle ici de mort de proche hein, les morts aux jt ou dans les films me font travailler les lacrymales comme tout le monde. Alors que les vrais gens que je connais, pas spécialement. Peut-être que je n'ai pas connu de mort vraiment proche. Peut-être que les morts que j'ai vécu ont toujours été annoncées par de longues agonies médicales. La mort est pourtant une fin. Mais bon, toutes les choses et tous les gens, surtout les meilleurs, ont une fin. Je crois que j'ai bien intégré ça. Et du coup, je suis toujours plus triste pour les gens qui restent que pour ceux qui meurent. Après, je ressens le manque mais la mort ne me traumatise pas. Du moins, j'en ai pas l'impression. Du coup, je me demande si je n'aurai pas du me lancer dans les pompes funèbres. "Quand vous perdez ceux que vous croyez acquis et éternels, venez donc chez Cubik où la mort est plus belle! -50% si vous parrainez un ami".
Enfin bon, elle n'est pas passée loin hier soir, et ce matin, tout va bien. A la place, elle est allée chercher un vieil abbé qui avait déjà déclaré l'attendre patiemment. Et James Brown attends toujours de rejoindre les vers qui commencent à avoir faim. Pendant ce temps là, les gens que j'aime bien continuent à vivre. Tant mieux pour nous. A la prochaine, la mort.