L'aire de rien
Au commencement était le coeur.
Petit organe fragile, il avait un peu trop tendance à faire mal au moindre vent. Alors tu t'es dit qu'un peu de gras ne ferait pas de mal. Ca met en valeur les valvules et ca arrondit les formes, c'est joli. C'est important aussi la beauté intérieure.
Et tu te rends compte que ça amortit un peu les coups. C'est bien pratique.
Alors tu manges. Tu entoures, tu englobes, tu protèges. Un coeur bien au chaud dans son gras, une armure souple et résistante. Un peu comme des plaques de nutella.
Et puis tu te rends compte que ça commence à peser. Ben oui, ça s'entretient aussi, les pneus. Mais c'est un cercle vicieux.
D'un côté, comme tout bon muscle, faut entrainer le coeur pour qu'il devienne plus fort. Et là, forcément, le tien est tout petit, encore sensible au vent sous sa carapace. Bien sur, l'entrainement, ça peut être chiant et faire mal, mais on n'a pas encore trouvé mieux, même pas les ceintures électriques de Lova Moor.
En plus, tu te rends compte que ta végétaline arrête le quotidien, mais ton petit coeur n'est toujours pas à l'abri des pointes qui le transpercent, des lames qui le fendent et de quelques flèches aussi.
Ton armure ne sert à rien, mais tu ne peux plus t'en débarasser au risque d'être noyé, de l'avoir bien haut, le coeur.
Alors tu manges encore plus. Tu croules sous ta graisse.
Et c'est comme ça qu'on finit avec un infarctus à 35 ans. Heureusement qu'il y a la mayo light, tiens.