L'aire de rien
Aujourd'hui, la marche blanche a 10 ans. Je sais qu'en France, on n'a qu'un vague souvenir de la chose. Faut dire que ce n'était pas chez nous. Et puis on a plutôt tendance à essayer de dédramatiser ce genre d'histoires, de faire de l'humour crade, de ne plus y penser, au choix. Ici, ça a marqué. Ca marque toujours.
Il y a 10 ans, 300 000 personnes défilaient dans Bruxelles. Pour soutenir les parents de Julie et Mélissa. Pour aider les familles. Et aussi pour protester contre les mauvais fonctionnements de la justice dans l'affaire. Contre la destitution du juge de l'époque. Et aussi contre le monstre Dutroux, bien sur.
L'appel demandait une démarche digne. Elle l'a été. Une marche dans le silence. Un pays d'une seule couleur. Malgré la colère. Malgré la peine.
En France, des histoires similaires ont éclaté. Vite vues, vite oubliées, sauf pour les familles bien sur. Ici, on ne peut toujours pas en rire. On ne veut pas. Si demain, Dutroux s'évade de nouveau, il y aura tout un pays lancé dans la chasse à l'homme. Et cette fois, je doute qu'on le rattrape vivant.
Je ne crois pas qu'en Belgique, on n'aime ses enfants plus qu'ailleurs. Ni qu'ils aient plus mal que d'autres victimes, que la blessure ait été plus profonde. Mais en tout cas, elle ne se referme pas.