L'aire de rien
Cet après-midi, je donne une formation à des gens de la boite sur l'outil que j'administre. Et comme de bien entendu, ça ne loupe pas, on a un wise guy (un gros malin, en français) dans l'assemblée. Non, ce n'est pas madame Nasco. C'est en effet généralement cette collègue... comment la définir... unique? non... particulière qui se charge de ce rôle. Mais, bien qu'elle ait besoin d'une formation sur le sujet tous les 2 mois, la session d'aujourd'hui n'est pas pour elle. Mais on a un wise guy quand même, c'est une sorte de tradition.
Le wise guy, c'est généralement soit le mec qui est là parce que c'est un bon moyen de glander sans en avoir l'air, soit le gars qui a été envoyé là au cas où et qui n'en a rien à foutre. Et plutôt que de dormir dans son coin, le wise guy préfère ouvrir sa gueule. Dans les formations sur un outil particulier comme je fais aujourd'hui, il se plaint généralement que l'outil ne fait pas ce qu'il veut, qu'il n'est pas adapté à sa façon de travailler, qu'on n'est pas venu lui demander son avis. Bien sur, il ne viendra pas dire qu'il ne sait pas bien ce qu'il fait d'habitude, que sa façon de bosser est toute cracra (d'ailleurs, il s'en plaint à son responsable) et que ça fait des mois qu'il demande un outil pour rationnaliser tout ça. Bah non, ce serait bête d'avouer que l'entreprise réagit sans lui. On pourrait croire qu'il n'est pas au centre de la machine ouvrière de l'entreprise. Parce que oui, le wise guy est indispensable. Il sait toujours mieux que les autres, surtout les domaines où il est censé bosser mais que certains autres pratiquent mieux que lui. Et donc, il serait inconcevable qu'on puisse penser qu'il est inutile, qu'on pourrait le virer et que ce serait pareil. Limite, il mérite une augmentation.
Bizarrement, le wise guy m'apparait souvent comme une feiniasse professionnelle. Mais le genre qui parle et fait un maximum de bruit pour couvrir son absence d'activité. C'est une espèce de gens assez dangereuse, parce que ce seront toujours ceux qui viendront déléguer chez les oisifs silencieux comme moi. Comme si j'avais que ça à faire.