L'aire de rien
En ce moment, j'aime bien me faire des plaisirs culinaires bouyaves. Je sais bien que ce mot ne veut rien dire, mais pourtant, je trouve que c'est ce qui décrit le mieux la sensation fournie par ce genre de gastronomie. En gros, le bouyave, c'est un magma assez informe et collant, de préférence sucré qui vous emplit la bouche de bonheur.
En ce moment, ma gaterie bouyave du soir, c'est le quatre-quart au nutella. J'en vois déjà crier au sacrilège, à l'étouffe-chrétien, au scandale nutellisé. A ceux là, je dis en toute sérénité et avec la bonhommie qui me caractérise: je vous emmerde. Pour les autres, j'explique la recette, somme toute très simple. Il faut d'abord se procurer un quatre-quart, le genre bien ouvert sur le dessus et bien brillant et doré grace au beurre. Celui qui déjà vous cale bien la machoire rien qu'en bavant devant son emballage sous vide au supermarché. Pour le nutella, c'est facile, il suffit de prendre le seul et unique ferrero. Là où les choses se compliquent, c'est au niveau de l'équipement pour étaler. Un bon quatre-quart supporte mal la pression et aura tendance à se réduire facilement en miette. Il convient donc d'y aller prudemment. Du coup, on évitera tout de suite l'accessoire de prédilection pour le nutella, à savoir la petite cuillère. C'est bien pour du pain, ou pour manger dans le pot mais le quatre-quart ne supportera pas. Et un bon 4/4 de chez carrouf, ça se respecte! Pour les pros, on choisira plutôt un couteau spécial à tartiner. Le modèle de compet' chez moi, c'est le couteau à tartiner en plastique de couleur pastel de chez Läger Haus (magasin du plastique à Stockholm). Avec ça, vous ne pouvez faire qu'un sans faute à l'exercice du poser-tartiner, que même la juge russe vous met un 9 minimum. Sinon, un couteau à bout rond en inox fera l'affaire (mais c'est moins drole).
Et après, c'est gavage. Débranchez votre téléphone, parce que ce ne sera pas le bon moment pour répondre. Avec un bon quatre-quart sur-nutellisé, vous en avez pour un bon quart d'heure à terminer votre part qui ne fait pourtant que 4 bouchées. On mastique, on se décolle les chicots, on les recolle à la pate à tartiner, on s'étouffe un peu, mais c'est que du bonheur. Prévoyez quand même une boisson claire avant de sourire à votre dulcinée, si vous ne voulez pas être privé de bisouilles pour le reste de la soirée.