L'aire de rien
Hier soir, un étudiant a essayé de faire du social et de tenter une bonne action à mon égard. Appelons le Frads, parce que je me fous de son anonymat. Frads, donc, a tenté de faire bouger le monolithe cubikien. Etant lui-même autiste, il s'est pourtant fait violence pour m'inviter à sortir de chez moi. De la bienveillance à l'égard du vieux trentenaire que je suis, c'est pas tous les jours. Et pourtant, j'ai dit non.
Vraiment, des fois, j'ai l'impression que le jeune n'a aucune conscience de la réalité du travail. M'inviter à me rendre dans un bar à 22h en pleine semaine, ça parait peut-être facile pour un étudiant, mais pour un faineant salarié comme moi, c'est totalement irréalisable. Et ce jeune de m'asséner ses arguments: "bah, de toute façon, tu feras rien au bureau... comme d'hab'.", "tu crois que je dormais beaucoup pendant mes exams?" ou encore "t'as qu'à pas dormir." avant de terminer sur un "quelle chochotte!". Ahlalala merveilleuse jeunesse qui ignore encore sa chance. Qui ne voit pas encore que sa première année dans la vie active se fera sans jour de congés. Que 8h par jour minimum, tous les jours, sans compter le transport, c'est abrutissant. Que s'il peut y avoir des coups de rush, un peu comme des exams, ils sont rarement suivis de journées de repos. Que le salarié travaille même pendant les vacances scolaires. Que 20 jours de congés (quand on les a), ça passe très très vite. Que même si on ne fait rien au bureau, il faut être présent et réveillé, voire avoir l'air occupé. Et que si on veut se la jouer cool, ça se répercute tout de suite sur le niveau de vie, via la fiche de paie (la sienne, pas celle des parents). Je ne comprends pas qu'on n'apprenne pas ça à l'école. Le choc en sera d'autant plus rude.
Décidément, la charité est bien mal récompensée de nos jours. Et tout ça à cause de quoi? Un manque d'information (s'agirait po de décourager le jeune avant qu'il ne paie des impots) et un égocentrisme qui pousse le jeune à penser plus à sa prochaine biture et à ses boutons qu'aux petits enfants qui meurent dans le monde. Je sais, ça n'a rien à voir, mais ça me faisait plaisir. Vraiment, ces trentenaires... Faisez leur du bien, ils vous chient dans la main. C'est moche de vieillir.