J'y ai souvent droit le soir. Plus rarement le matin, mais ça arrive aussi. Un de ces conflits oubliés des journaux télévisés et de la convention de Genêve. Une de ces guerres quotidiennes dont on a complètement oublié les sources et qui continuent depuis si longtemps qu'on ne la remarque plus trop. Et pourtant, elle est là. Tous les jours. Devant nous. Dans le métro. Dans le bus. Dans les trams. La guerre pour obtenir la place assise.

Ah c'est pas tous les jours faciles. Surtout qu'il est difficile d'identifier tous les protagonistes. Mais parmi les plus virulents, on distingue quand même 2 grands camps: les momes et les vieux. Part intégrante de la guerre inter-générationnelle, la place assise est un objectif crucial, pour ne pas dire stratégique. Entre ceux qui sont impatients et qui ont encore l'innocence de ne pas savoir qu'ils appartiennent au monde et pas l'inverse, et ceux qui estiment avoir fait leur part et que le monde leur doit bien ça, c'est pas tous les jours tendre. Et pourtant, certaines de leurs armes et raisons sont les mêmes. La fatigue, la fragilité, l'incontinence, la surdité... Les pitits essayent de jouer de leur vitesse, mais une canne bien placée peut toujours changer la donne en un tour de main.
Bien sur, ils ne sont pas les seuls. Il y a d'abord les collabos, ceux qui sentant le poids des années pencher plus d'un côté que de l'autre, parlent fort et dans le sens des grisons pour leur obtenir une place. Il y a aussi celles dont la floraison est encore trop proche pour prendre un autre parti que celle de la progéniture. Parfois même, elles la portent à l'intérieur d'elles. Et là, ça devient difficile de se départager, même au niveau du règlement et de la courtoisie.
Pourtant, ils sont à l'affut. Je me souviens encore du visage défait de cette vieille entrant à l'affut dans un bus pour constater que tous ses collègues de la 1ère mondiale occupaient déjà les places. Quel dépit. Un peu comme quand j'ai laissé les 2 camps sur leur faim de repos fessier ce matin. Oui, oui, je vous ai bien vu. Mais j'avais mal au dos. Et je vous emmerde.