Je me suis pourtant préparé. Vu l'été pourri qu'on a eu, ça fait un moment que je m'attends à ce qu'il nous tombe dessus. J'ai sorti l'écharpe, le bonnet... J'ai même acheté des nouveaux caleçons. Je fais le gros dos, je grogne, je me sers contre moi-même. J'ai monté le chauffage. Mais y a rien à faire, j'ai froid.
La chaleur, cette chienne, me quitte constament, dès que je sors. Je croyais avoir tout couvert et non. Elle me sort par les yeux. Je la sens partir le matin. J'ai les mains moites dans les poches, le nez dans le col, le bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, ça ne suffit pas encore. Après tout ce que j'ai fait pour elle, elle trouve encore le moyen de m'abandonner en embarquant ma prunelle avec elle. Et j'ai même plus mes lunettes de soleil. Comme il fait beau, je pourrai encore m'en servir. Mais je les ai cassées. Alors elle me lache.
J'ose plus lever les yeux. Forcément, je me prends plein de gens dans la face. Mais si je regarde devant moi, je la sens partir. Encore heureux que le soleil ne me fasse pas de l'oeil, je crois qu'en plein éblouissement et la larme à l'oeil, ce serait pire. Elle n'aime pas les geignards. Mais j'ai beau garde l'oeil sec, je sens cette brise qui me part de derrière les iris pour me quitter inexorablement.
Heureusement que je sors peu. J'ai beau en avoir que deux, j'en ai vachement l'utilité, de mes yeux. C'est peut-être pas mon sens préféré, mais c'est quand même le plus utile pour moi. Ca m'ennuirait quand même qu'ils gèlent, par abandon thermique intense. Je crois que je vais devoir rester chez moi quelques temps. Et histoire qu'ils ne dépérissent pas, va falloir que je regarde et que je lise. Beaucoup. Plus qu'à trouver un médecin qui m'approuve.