L'aire de rien
C'est bien connu (par les gens qui me connaissent en tout cas), je ne suis pas fan du vert. J'ai même un pitit slogan à ce propos ("Si c'est vert, c'est que c'est pas mûr"). Mais fort heureusement pour moi, ça se limite quand même assez strictement au domaine de l'assiette. C'est donc avec un entrain peu dissimulé que je suis parti au pays où tout le monde est vert, en Irlande.
Déjà, ça commençait pas mal. Un week-end qui commence un jeudi soir par une sortie anticipée et précipitée commence toujours pas mal. Sortie rapide du bureau, donc, direction l'aéroport. C'est l'un des seuls avantages de Charleroi, c'est qu'il y a l'aéroport avec Ryanair. C'est pratique pour faire genre escapade imprévue en sortant du trav... du lieu de présence nécessaire à l'obtention de la paie. Première surprise: y a des écossais partout. Et puis des vrais, avec les kilts, les calots à plumes de faisan, les drapeaux bleu et blanc, la totale. J'apprendrai par la suite qu'ils venaient d'un match de foot avec la France, il parait. Je crois même qu'ils ont gagné.
Enfin bon, apparement, ils vont tous aussi à Dublin. Je le sais, pas parce que je leur ai demandés, mais parce que l'aéroport de Charleroi a 2 salles d'embarquement: une pour Dublin, une pour les autres. Ce qui est tout de même bien pratique quand on voit la file d'attente pour l'autre salle.
Après une attente bien habituelle, on embarque dans l'avion où Simona (y a des parents cruels), Andrea (dont je suis quasi sûr que c'était un homme, avant ou maintenant) et Lisa-Mary (encore une fille de fans d'Elvis) nous font le ballet des hotesses. Une demi-heure plus tard, on est arrivé (merci le décalage horaire). Et ça commence pour moi par 3h d'attente à l'aéroport, le temps que ma co-voyageuse arrive. En plus, elle sera en retard. Enfin bon, déjà, je constate que l'endroit est vivant, malgré l'heure tardive. Ca se présente pas mal.
L'auberge est sympa, les gens nous expliquent tout bien, ils ont même l'air gentil. Hop, dodo! On m'a expliqué qu'ici comme souvent ailleurs, le jour de chouille, en semaine, c'est le jeudi soir. Ceci expliquant sans doute le fait que le vendredi est assez calme. Et heureusement en fait. On se promène, on regarde un peu, mais on ne fait pas grand chose et c'est pas plus mal. Avec le décalage horaire, on s'est couché tard et on doit pas être dans un meilleur état que le dublinois moyen. Alors on fait juste un tour d'horizon.
La ville a l'air assez petite. Entre le quartier nord assez commerçant, Temple bar et ses pubs, Trinity College et ses étudiants et le quartier medieval avec ses vieilles pierres, c'est aussi assez délimité. On peut quasiment aller partout à pied et on s'en prive pas. On se perd un peu dans des quartiers résidentiels, qui ont l'air assez vide. En même temps, le vendredi, peut-être que les gens travaillent, eux. Le centre a l'air quand même très agréable, si ce n'est certains feux piétons qui ne passent que rarement au vert et tous en même temps.
Toujours est-il que c'est calme. Trop calme. Je décidé alors unilatéralement et en m'appuyant sur l'argument que ma co-voyageuse était en retard la veille, d'aller dans un pub pour voir le gros match du week-end, à savoir Angleterre-Afrique du sud. On en trouve un qui s'appelle l'Oval bar, ça me semble prédestiné. Surtout que lui annonce qu'il retransmet alors que la plupart des autres pubs ne prévoient que les matchs irlandais (à première vue).
Un beau pub sur 2 étages, des gens attentifs au match au bar, une serveuse un peu débordée. On y est super tôt mais marre de marcher, aussi. J'en profite pour ingurgiter une bonne patate irlandaise. L'heure du match approche, ça se remplit tout doucement. Contrairement à ce à quoi je m'attendais, ce n'est pas exclusivement masculin et dans la force de l'age. Des groupes de filles, des ados, des jeunes. Même une famille entière avec femme et enfants. Et pour faire bonne mesure, un groupe d'anglais au centre de la salle. Avec des supporters sud-africains dans le fond (enfin je crois), et surtout le père de famille 2 tables à côté de la notre qui se réjouit bruillament dès que les anglais se prennent une claque, c'est bonne ambiance. Je l'aime bien, ce père de famille. Il a la tête de John Cleese et un rire très particulier assez communicatif, surtout qu'il s'en sert pour se moquer de l'anglais. Il va sans dire que les anglais ne la ramènent pas trop, entourés de gens qui se réjouissent de leur match où ils finiront fanny (c'est pas tous les jours et c'est super bon, surtout là). C'était petite ambiance mais voir ces anglais dépités a suffi à mon bonheur. Je me dis que la foule sera vraiment là le lendemain, pour le match de l'Irlande. Je relève ma co-voyageuse qui pique du nez dans son ragout et on part dormir.