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L'aire de rien

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Les gladiateurs

Une nouvelle fois, ils se rencontraient. L'un en face de l'autre, prêts à s'entre-déchirer. Pas de pitié, pas de remords. Aucune crainte. Et aucun prix au bout, si ce n'est l'honneur du vainqueur. Mais c'était tout ce qui comptait.

A gauche, affichant 92 kilos sur la balance, du bling-bling bon marché de chez Lidl, une fausse casquette Ricard posée de travers sur un crane rasé à l'artisanal, une poche banane autour de l'abdo kro et les poivrons pour sa grand mère dans un sac plastique, le rebelle du bac à sable, la caillera à papa, j'ai nommé Jeaannn-Patriiiiiiiick.

A droite, affichant 55... aieuuh!!... affichant 49 kilos sur la balance, des bootsà talon Eram, un t-shirt moulant Von Dutch, des mèches blondes péroxydées au bout des tresses, un faux sac Tachini ressemblant à une toile de tente, des cours de psychologie capillaire sous le bras, l'esthéticienne familiale, la princesse de la rue des Mougettes, j'ai nommé Sylviiiiee-Gertruuuuuuuude.

 

Le face-à-face commence à peine et on sent déjà toute la tension. Les deux se retrouve en un contre un, situation à laquelle ils ne sont pas préparés, se déplaçant généralement en troupeau ou en banc. On sent la pression augmenter, une goutte de sueur coule doucement le long du collier de barbe Jean-Patrick. Sylvie-Gertrude ralentit son machouillement bovin.
Soudain, il frappe:
"Alors mam'zelle? Tu suces?"

Première attaque. Premier sang. La réplique doit être immédiate. Ou elle répond, ou ell baisse les yeux et rentre chez elle humiliée.

"Tu la ramènes beaucoup mais je te vois pas baisser ton fut'. On se dégonfle, merdeux?"

Le combat est à son pic. Les prochaines actions seront décisives. Chacun des combattants jauge l'autre des yeux. Et chacun essaye de prévoir quelle sera l'issue.

Lui se voit déjà la bite à l'air, fièrement dressée comme un mat, prêt à déployer les voiles. Son expérience de ce genre de rencontres étudiée chaque premier samedi du mois chez son pote Kevin lui amène déjà aux oreilles les échos de sa victoire. Il l'entend déjà dire: "Ahahaha.... ah! Ok mais alors juste pour goûter alors." Il se voit déjà impassible, au succès modeste, seul debout à la fin.
Elle s'imagine déjà la scène également. A la recherche d'un bout de chair caché derrière ses poils, à peine visible au premier abord. Elle s'entend déjà porter le coup de grâce: "Ah ouais, je vois. En fait, c'est comme une bite mais en beaucoup plus pitit", avant d'appliquer la juste rétribution qui va avec, à coup de genou et de s'éloigner sans un regard.

Les deux adversaires s'observent, sûrs de leur victoire respective. Et par respect pour l'autre, par manque d'intérêt d'une victoire aussi facile ou juste par manque de public, ils décident simultanément de cesser là et de se retirer chacun de leur côté, un sourire triomphant et magnanime à la fois, sur leur visage. Il n'y a pas d'honneur à vaincre sans péril.

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A
toute cette violence, ça me fait quelque chose...
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