Je sais qu'ils m'attendent. Ils ne se cachent même pas. J'ai vu leurs spots ce matin. Ils ont même répété un peu hier soir. Et ce soir, ils sortiront. Ils seront là, dehors, partout. Bénéficiant de la protection étatique, ils profiteront de leur totale impunité. Aujourd'hui, c'est la fête communautaire flamande. Ce soir, les kreukreus sortent.
D'après ce qu'on m'en avait dit l'an dernier, c'est une fête censée célébrer un massacre d'officiers français par la communauté flamande révoltée. Et aujourd'hui, ils aimeraient sans doute faire pareil avec tout ce qui parle français, surtout à Bruxelles. Il va falloir ruser. J'ai vu leur cabane géante sur la grand place. Ils se sont placés sur mon parcours habituel. Ils sont malins. Patients aussi. Ca fait des années qu'ils essayent d'annexer Bruxelles en l'enclavant et en imposant leur présence. Ils nous guettent. Ils attendent le 11 juillet. Ce soir, tout leur est permis ou presque. Nee monsieur l'agent, ça n'est pas un passage à tabac, juste une reconstitution historique. J'ai peur. Là, je suis dans l'abri wallon mais il faudra bien que je rentre. Je suis sûr qu'ils m'attendent, avec leurs doigts crochus et leurs cheveux blonds, en mangeant des bébés pour patienter.
Dire qu'il y a des bourgmestres wallons inconscients pour vouloir fêter les flamands ce soir. Heureusement que le RWF (mouvement pour le Rassemblement/Rattachement de la Wallonie à la France) est là pour taper du poing sur la table. Parce que s'il y en a qui veulent jouer au plus con, qu'ils se méfient du wallon francophile. Il peut gagner aussi. C'est beau de voir que les frontières linguistiques ne retiennent pas certaines valeurs universelles.