L'aire de rien
Ils sont partout. Il parait même qu'ils sont de plus en plus nombreux. On en voit même de plus en plus à la télé. Tout ça, c'est la faute de la science et compagnie. A part en cas de canicule, c'est fini. Les vieux ne partent plus.
Personnellement, j'avais pas grand chose contre les vieux, du moment qu'ils ne me bavaient pas dessus. Faciles à ranger (surtout en fauteuil), pas propres sur eux mais avec les moyens de s'offrir ses couches, avec un peu de chance, aveugle en plus d'être sourd. Non, les vieux ne me dérangeaient pas. Et puis un jour, je suis passé par Cannes. A moins que ce ne fut Nice. Enfin un de ces hospices qui remplacent certaines communes du sud de la France. Je faisais mes courses, peinard, à la fraiche (pas trop détendu du gland quand même, ça fait tache au supermarché). Je me souviens très bien, j'étais au rayon conserves, devant les petits pois, à me demander comment les gens pouvaient manger des trucs pareils. Quand tout à coup, je me prends un bon coup de canne dans les mollets. Et puis en fourbe hein, venu de l'arrière sans que je le vois. C'est sur que la charentaise, c'est un peu la tenue ninja du grison, y a pas mieux pour le mode furtif. Et donc, tout en pleurant ma mère, je vois passer le vieux dans toute sa splendeur, avec la canne et le bêret, le cliché vivant, celui qui venait de me frapper et qui ne me jette même pas un regard. D'après ce que j'ai pu comprendre, il allait tout droit et j'étais sur son chemin. Ca lui aurait écorché la trachéo de tousser ou de me demander de me pousser, faut croire.
La patte encore vacillante, le coup de grace m'a été porté par un couple de vieilles qui m'a grillé la place dans la file du mcdal. Décidément, aucun respect. Depuis, je frappe des vieux. Ca ne guérit pas mon traumatisme, mais ça m'aide un peu. Surtout en fin de mois.