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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 10:34
Il est encore sorti prendre l'air. Il n'arrive plus à rester dans cette maison une soirée entière. Il n'arrive surtout plus à la supporter. Pourtant, elle ne fait rien pour. Elle est toujours aux petits oignons pour lui. Jamais un mot plus haut que l'autre. Chiante n'est pas un mot qu'on emploie souvent pour la qualifier. Au contraire, elle est sans doute trop docile. Tout ce qu'il dit est parole d'évangile. Tout ce qu'il fait est performance. On sait que l'amour rend un peu bête, mais il y a des limites à tout. Alors il fuit. Il gère sa colère sourde qu'il ne peut pas exprimer. Ce serait injuste. Il n'a pas signé pour être le Jesus de ce foyer, mais il ne va pas lui reprocher d'être gentille. Il ne veut pas, en tout cas. Refouler les gens pour leur sollicitude, ça l'a toujours fait tiquer.

Il va se calmer le long du canal. Ca l'apaise légèrement, même si ça ne soigne rien. Mais c'est là qu'il se rend compte de pourquoi. L'eau coule, soumise au tracé humain. Elle reste désespérément lisse comme une mer d'huile et va là où on lui dit d'aller. La rivière est apprivoisée. Comme Elle. Et comme tout le paysage alentour.

D'un coup, il réalise comment cela finira. Les blocs d'usine des environs lui donnent un aperçu de son futur. Il n'a que deux options. Soit il reste et s'assagit, s'apprivoise à son tour, se laisse aller à la lente torpeur qui finira inévitablement par le gagner. Il vieillira sans bouger, en rouillant et encrassant le paysage, seulement visité par les habitués, eux-même trop écroués dans leur monotonie pour penser à un quelconque changement. Soit il peut partir. Il la laisse à l'abandon. Elle rouillera seule, en plein air, ouverte à tous les pillards et les sans-abris qui passent, mais définitivement abimée comme plaie à jamais ouverte sur la plaine.

Ce soir, il reste un peu plus longtemps dehors. Il sait qu'il est à la croisée des chemins. Et il décide de couper à travers champ. Ce soir, il brule tout. En espèrant que ça fertilise.

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commentaires

Phil 18/09/2008 13:41

Putain , t'as tout compris .Devenir un animal domestiqué c'est le mal de notre temps , on finit tous comme ça .Conseil : travailles ton hypocrisie , ça va venir .