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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 15:57
Elle a des couilles, Rachida. Elle est un peu obligée, en même temps. Quand elle était jeune, c'était ça ou se faire traiter de pute. En même temps, l'un n'empêche pas l'autre. Mais elle est fière. Elle ne s'est jamais cachée sous des vêtements de mec. Elle s'habillait juste un peu strict. La rigueur, la dureté, ça peut vous aider aussi parfois. En tout cas, ça lui a permis de trouver du boulot.
Elle est responsable de la sécu au Leclerc du quartier. Comme elle est quand même menue, même si pas sans défense, on la laisse généralement au pc sécurité. C'est elle qui vous traque avec la centaine de caméra quand vous allez acheter votre lessive. Comme la plupart des agents ici, elle a des origines, comme on dit. Il y en a qui s'amusent à dire que c'est parce qu'ils connaissent les combines pour les avoir pratiquées étant jeune. Elle a bien compris que c'était surtout pour éviter que l'enseigne ne se fasse taxer de raciste dès qu'elle serre un beur. Vu le pourcentage de deuxième génération dans sa banlieue, c'est vite arrivée.
Alors elle surveille. Et elle est sans pitié. Enfin, elle essaye. Pour le boulot, il faut se montrer dure. Des petits délinquants qui essayent de jouer au con ou sur la compassion, il y en a tous les jours. Elle en connait même certains. Alors elle fait comme elle a toujours fait. Elle pose ses couilles sur la table et elle montre les dents. Dans un milieu où il faut se montrer insensible, elle est la plus mécanique de tous. Ou presque. Parce qu'elle sait aussi que parfois, le mome de 12 ans qui pleure, c'est pas du chiqué. Qu'en rentrant chez lui, il se fera défoncer par son père pendant que sa mère fera celle qui n'entend rien. Et quand elle décide de la jouer coulante pour une fois et que son manager arrive en choisissant la voie dure, elle a du mal. Elle cherche des solutions. Le grand frère, le cousin, la voisine. Tout sauf le père ou les condés.

Alors quand finalement, elle parvient à joindre une amie de la soeur qui peut venir délivrer le petit tremblant dans son placard, elle respire. Elle peut remettre son air strict sur la gueule et frimer de nouveau. "La chance que t'as, petit, on l'a pas eu quand on était jeune et qu'on faisait des conneries, je peux te le dire." Une dernière bravade au mome et elle va s'isoler, peut-être souffler un grand coup dans les toilettes, s'essuyer les yeux et s'asperger la face avant de revenir dans son armure, intacte. Ce n'est que le 3ème gamin qu'elle attrape aujourd'hui, et il n'est pas encore midi.

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